En réponse aux « bin voyons donc, voyons qu’t’aime pas l’hiver » et aux « Maudits hivers de marde ». Aux « bin voyons donc, voyons qu’t’aime pas l’hiver », juste pour vous faire comprendre mes raisons. Aux « Maudits hivers de marde » pour que vous soyez un peu moins choqué lorsqu’il sera le temps de déblayer votre auto, lorsque vos beaux cheveux plaqués friseront sous l’humidité de la neige et lorsque vous devrez vous frayer, à travers la neige, un chemin jusqu’à l’entrée de votre domicile. En bref, pour que vous puissiez vous dire « Ouin, y’a pire que ça t’sé ».

Voici donc une journée, parmi tant d’autres, en fauteuil roulant, dans l’automne-hiver québécois, dans une ville qui semble tenir pour acquise une population entièrement et uniquement bipède.

21 novembre 2018

6h45

Je débarque du transport en commun, à l’arrêt situé en face de mon lieu de travail, soit de l’autre bord de la rue. Le trottoir est à moitié déneigé, en fait, il y a près de 2 pieds de neige qui m’empêche de pouvoir quitter le trottoir. Comme mon fauteuil roulant est plutôt mal éduqué, il ne sait pas sauter de bancs de neige ni même passer à travers eux. Je prends donc ma fidèle amie, communément appelée pelle rose du Wal-Mart et bien évidemment je déneige. Du moins j’essaie, car la neige est, à mon agréable surprise, mélangée à de la glace. Enfin bref, entre mon envie de ne pas arriver sur le tard à mon travail et le -10 qui se ressent un peu, beaucoup, passionnément dans ma face et sur mes jambes qui sont autant actives que ma patience, je déneige, et ce pendant environ 15 minutes. J’ai même droit à plusieurs spectateurs, communément appelés une dizaine de personnes à l’arrêt d’autobus me fixant. Je devais être en train de donner un méchant bon spectacle, car ils étaient tous cloués sur place à me regarder attentivement. Après ces fameuses 15 minutes, un jeune homme qui venait d’arriver à l’arrêt, lui, à décidé que mon spectacle était « bin poche » et est venu prendre ma fidèle amie, communément appelée pelle rose du Wal-Mart et a fait en sorte que je puisse quitter le trottoir, même si à force d’y être et de gratter sa surface, nous nous étions presque liés d’amitié.

 

JOIE, je peux désormais me rendre au travail ! Mais je n’y suis pas rendue, patience Wendy patience « arrête de sacrer sur l’hiver, y’a rien là pis c’est beau ». Le second trottoir pour me rendre à la lumière pour piétons est tout aussi enneigé que le précédent. Comme je trouve qu’un spectacle par matinée c’est assez, j’essaie de traverser entre 2 passages de voitures. Comme les roues de mon fauteuil sont LÉGÈREMENT moins équipées que celles d’une voiture, ma traversée sur la route enneigée est lente. Juste assez lente pour m’imaginer ne pas me rendre au travail justement, même si je vois le bâtiment qui est à 5-6 mètres devant moi.

 

BONNE NOUVELLE, j’arrive au travail. J’ai froid, je suis comme on pourrait dire « en beau tabarnak » après l’hiver, mais je suis rendue et j’aime mon travail, alors Alléluia la journée peut commencer.

15h15

La fin de ma journée de travail approche. Je regarde dehors, en fait j’ai regardé dehors toute la journée afin de calculer approximativement à quel point j’aurais l’honneur de me « faire chier » dans les nouveaux CM de neige accumulés au cours de la journée. Enfin bref, comme je n’ai pas envie d’établir logis dans mon bureau, je termine mes choses et je quitte affronter l’automne-hiver québécois.

 

À l’arrivée de l’autobus, je remarque que la femme qui le conduit est celle qui ne répond jamais à mes bonjours et dont le regard se fâche lorsqu’elle doit effectuer la lourde tâche (peser 2 boutons) de déployer la rampe. Cette même femme qui quelques jours auparavant m’avait débarqué beaucoup plus loins de l’arrêt, devant un banc de neige, m’empêchant de sortir en fauteuil, avec la rampe, tout en m’ayant dit de sa voix toute-sauf-mielleuse « T’essayeras d’sortir pis si t’es pas capable, bin tu débarqueras à l’autre arrêt ». Expérience m’ayant causé bien des désagréments en rallongeant mon chemin sur les trottoirs de la ville, mieux connus, pour ma part, sous le nom de « patinoire pas égalisée ».

 

Mais bon, je me dis, qu’avec un peu de chance, Madame a peut-être eu une fin de semaine active dans sa vie intime et qu’ainsi, elle sera peut-être plus agréable. Or, ce n’est pas le cas, son comportement est désagréable, allant même jusqu’à être fâchée que mon TROP-MÉCHANT-VILAIN fauteuil aille laissé de la neige sur la rampe de son précieux autobus. J’anticipe donc le moment où je devrai débarquer. Je ne saurais dire si je possède quelconques talents en tant que « liseuse de bonnes aventures » ou « voyante », mais cette dernière continue sont trajet encore une fois bien plus loin que l’arrêt. Eh, oui, j’ai encore pour option de me « crisser » en bas avec talent, sans rentrer dans le banc de neige et/ou briser mon fauteuil, ou bien attendre de débarquer à un autre arrêt. Voyant les trottoirs plutôt enneigés et ne voulant pas me rallonger davantage de la route sur ceux-ci, j’use donc de mon talent et je débarque. Mon fauteuil reste pris quelque peu, mais je m’en sors et je pars pour rejoindre mon prochain autobus, celui qui se rendra directement, pas trop loin de chez moi. Lorsque la température est clémente, je fais ce chemin en fauteuil, mais le maintenant -12 sur mes jambes qui sont autant actives que ma patience et les trottoirs TELLEMENT impeccablement dénudés de neige et de glace ne me donne pas envie.

 

J’ai souvent utilisé l’expression « Quand ça va mal, y’a pas de raison que ça aille bien hein ! » Je n’ai jamais vraiment été au fait de l’existence réelle de cette dernière, mais dans ma vie de personne en fauteuil roulant affrontant l’automne-hiver québécois, cela fait du « bin gros bon sens ».

 

Bref, je manque donc mon autobus, car la neige, car les trottoirs, car la dame désagréable qui chauffait l’autobus, car, car et, car. J’attends donc le prochain autobus tout en me demandant quelles parties de mon corps allaient congeler en premier.

 

ENFIN ! Je vois ce dernier arriver, le chauffeur ne semble pas plus joyeux dans son cœur que moi, MAIS JE M’EN FICHE, il possède entre ses mains le truc qui m’amènera enfin, presque chez moi !

 

Appliquons maintenant ma fameuse expression « Quand ça va mal, y’a pas de raison que ça aille bien hein ! »

 

« La rampe ne fonctionne pas, j’peux pas t’embarquer ». LA FAMEUSE PHRASE, celle que j’entends 2-4-6-8-12 fois par semaine. LA FAMEUSE PHRASE qu’on me dit souvent alors que je remarque très bien que le chauffeur n’a aucunement effectué la manœuvre complète du déploiement de la rampe. LA FAMEUSE PHRASE qui vient étrangement souvent après un long soupir de fin de vie, du chauffeur qui vient de remarqué « qu’il doit se faire chier à déployer la rampe ». LA FAMEUSE PHRASE qui fait en sorte que je dois attendre sur le trottoir / espérer un autobus qui m’embarquera / arriver plus tard au travail ou chez moi / voir naître en moi quelques envies de MEURT*** !

 

Je pars donc en fauteuil roulant, sur les patinoires pas égalisées de la ville et j’espère ne pas devoir utiliser ma magnifique pelle rose du Wal-Mart. Les trottoirs sont TELLEMENT magnifiques, que mon fauteuil roulant électrique force trop et manque peu à peu, un peu trop rapidement, de batterie. Comme je trouve que de mourir congeler sur un trottoir à Limoilou c’est tout sauf prestigieux, je me rends à un arrêt d’autobus ou ce sera sûrement, finalement, moins risqué d’attendre.

Après un moment d’attente, je vois finalement mon autobus. Je ne me fais pas de fausse joie, j’imagine le pire et je suis même d’attaque pour rester encore sur le trottoir, en attendant un autre autobus, encore une fois. SURPRISE, la rampe fonctionne, le chauffeur souris pour 10, je l’ai toujours bien aimé celui-là d’ailleurs. PAR CONTRE, l’homme dans l’allée ne veut pas se déplacer pour me laisser passer et ainsi gagner la place réservée aux fauteuils roulants. Comme mon objectif est atteint : je suis dans l’autobus, et que ma face soit sûrement trop gelée pour argumenter, je n’en fais pas de cas. Le chauffeur doit quand même respecter les mesures de sécurité, il s’obstine donc avec l’homme pour que je puisse passer. Le chauffeur doit même quitter son siège pour mentionner que tant qu’on ne m’a pas laissé prendre la place attitrée aux fauteuils roulants, il ne partirait pas. DÉSOLÉ TOUS de vous embêter avec mon Karma, moi aussi j’aimerais partir, même attachée sur le toit de l’autobus, j’aimerais partir.

 

Bref, bref, bref, j’ai survécu et je suis finalement arrivée près de chez moi. Ma fidèle amie, communément appelée pelle rose du Wal-Mart a dû me prêter main forte à quelques reprises, mais je me suis rendue chez moi, d’où je vous écris ma palpitante journée dans l’automne-hiver québécois à bord d’un bolide qui n’aime pas « bin-bin » la neige et qui n’est pas « bin-bin » aimé du transport en commun.

 

P.S. : Je ne veux pas faire pitié (ceux qui me connaissent le savent ô combien), je ne veux pas raconter ma vie, je ne veux pas vous faire détester le transport en commun ou bien le déneigement de la ville de Québec, je veux simplement vous enlever l’envie de me dire à nouveau « bin voyons donc, voyons qu’t’aime pas l’hiver » et vous faire prendre conscience, demain matin, que ça ne se prend pas si pire de déneiger votre auto pour aller au travail.

Wendy Parisé